Le sujet était : "Qu'est ce qui se joue dans la génrosité?"

Suite à nos débats, fort animés et passionnants, j' ai cru bon de donner quelques éclaircissements dans un article de mon blog "Le Jardin Philosophe" sous le titre "De la Générosité", que je treproduis ici pour la commodité du lecteur:

Générosité: qui est d'un naturel noble, qui a un grand coeur (sens dérivé directement du sens étymologique qui est : de bonne race) . Rodrigue est généreux, dans le Cid de Corneille.

Se dit aussi des choses qui décèlent une noble nature : un vin généreux. Ou d'animaux : le Lion.

Qui donne d'une main libérale. (définitions de Littré)

          Cette définition peut surprendre mais elle se légitime de sa provenance étymologique. En effet genus, en latin, d'où dérive generosus, signifie la race, le genre. A mettre en relation avec génération, générique, générer, génèse, genesis. Est généreux ce qui dérive d'une noble excroissance, et qui manifeste cette noblesse dans la conscience de soi et de sa valeur, dans la conduite et la libéralité. Conception aristocratique de l'excellence, que l'on mettra en relation avec le "gentilhomme", l'homme de famille noble, et le gentleman, en quoi on reconnait encore le "gens", "gentil", de même racine que genus. Il y a là une occurrence signifiante qu'il ne faut pas négliger sous prétexte de démocratie ou d'égalité, à condition de concevoir la noblesse comme une qualité de l'esprit et du coeur. La "libéralité" en découle, non comme sordide calcul d'intérêt ou de réciprocité, mais comme expression souveraine de la richesse intérieure qui se déploie "librement" au dehors. Vertu du coeur disions-nous, d'un coeur qui peut s'émouvoir, s'attrister ou se réjouir au contact des autres, supposés capables des mêmes dispositions. Spontanément, le généreux est porté à l'action utile, ou gratifiante, non par faiblesse d'âme, mais tout au contraire par richesse personnelle. C'est ce que remarquait Descartes : " Ceux qui sont généreux en cette façon, sont naturellement portés à faire de grandes choses, et toutefois à ne rien entreprendre dont ils ne se sentent capables. Et parce qu'ils n'estiment rien de plus grand que de faire du bien aux autres hommes et de mépriser son propre intérêt pour ce sujet, ils sont toujours parfaitement courtois, affables et officieux envers un chacun". (Descartes : Les passions de l'âme article 156)

Noblesse, grandeur, richesse, magnanimité (magna anima : grande âme), vertu du coeur, excellence éthique. On ose à peine tenir un tel langage en ce siècle de vulgarité et de bassesse généralisées. Pourtant toute la tradition philosophique va dans ce sens. Noblesse du Sophos antique, excellence de l'"arêtê" des Grecs, conscience et estime de soi chez les Epicuriens et les Stoïciens, honestas des Latins héllénisés, honnête homme de Montaigne, et chez Descartes encore cette paisible affirmation de sa propre valeur, sans fausse humilité, sans affectation, dans le choix éthique et l'action libre et juste envers les hommes. Et j'y ajouterai volontiers Spinoza, et Goethe, cet humaniste universel, qui considère que la libre réalisation de soi est le préalable nécessaire de toute action désintéressée :

                                  "Noble soit l'homme

                                   Secourable et bon!"

Psychologiquement la générosité véritable doit s'entendre comme la pleine réalisation de ses potentialités, de son désir constitutif, d'où résulte une certitude intérieure telle que le don, voire le pardon, ne se vivent nullement comme déperdition, mais comme grâce, gratitude et gratification. D'où la gratuité d'une conduite, à la fois ferme et souple, gracieuse pour tout dire, qui peut faire grâce à la malversation, et ne pas s'abîmer dans la tristesse et le ressentiment. Nous retrouvons Spinoza, pour qui la joie est la marque de la puissance. Seule la puissance peut exercer un libéralité dénuée de calcul et de culpabilité.

A tout prendre le contraire de la générosité n'est pas la ladrerie, mais la bassesse.