Cinquième point : la philosophie ne peut plus prétendre exercer la théorie et la pratique scientifique telle que nous l'entendons aujourd'hui. Les sciences modernes ne se soucient plus du fondement : elles fonctionnent. Elles étudient chacune un objet soigneusemment défini et circonscrit selon des méthodes dont les anciens n'avaient aucune idée. Le philosophe ne peut plus être un scientifique vue la spécialisation extrême des recherches contemporaines.  C'est dans ce sens que Heidegger disait  que "les sciences ne pensent pas ". Elles sont rattachées à un bloc assez monstrueux qu'on appelera la "technoscience", soucieuse non de vérité mais d'opérabilité, d'efficacité, de résultats imméditement marchandisables. Pour autant le philosphe s'intéresse à la science mais ne saurait se prétendre compétent dans aucun domaine. Cela ne l' élimine pas de la scène de la culture mais contribue à lui donner une place différente du chercheur. Le penseur d'aujourd'hui interrogera les sciences comme il interroge les autres domaines de l'existence, ce qui lui assure une fonction à jamais originale.

Pour finir ce bref prélude j'ajouterai ma propre conviction : la philosophie doit rejoindre la pratique. Le philosophe pratiquera les exercices physiques, comme faisaient les anciens, les arts martiaux par exemple, la marche en forêt, se familiarisera avec certaines disciplines psychologiques, ou sociologiques, s'intéressera à l'histoire du monde, à la géopolitique, à l'écologie, à l'art et en général à la création socioculturelle dans son ensemble. On ne peut tout faire. Au moins sera-t-on à l'écoute du monde, et se mettra-t-on en relation avec les affaires et, et surtout avec les humains. ¨Pour ma part je réfléchis depuis longtemps à ce que j'ai appelé "la philothérapie", cette discipline à créer qui comprendrait dans un vaste ensemble les diverses interrogations et pratiques destinées à réduire la souffrance et à élever l'existence à un degré supérieur.

Puissent ces